J’ai testé … l’arbitrage à 3 !

3 mars 2016

Article rédigé par Loïc SEGEAR

L’arbitrage. Voilà un thème central, revenant sans cesse sur le tapis, étape après étape, et dans les circuits régionaux. Et souvent les mêmes remarques : « mauvais arbitrage », « toujours les mêmes », « c’est pas un arbitre, c’est un flic ! », « Pas assez d’arbitres pour assurer un turn-over suffisant pour garder la lucidité de tous les arbitres jusqu’à la fin de la journée », « Le cheval de l’arbitre ? Une grosse vache ! Toujours à 10km de l’action le type ! » … et j’en passe !
Mais il faut bien l’admettre, nos dirigeants, aussi critiqués soient-ils (on est des français quand même ! Faut bien râler un peu !), réfléchissent et agissent, innovent … . Parfois pas dans le bon sens, parfois oui. Il ne s’agit de toute façon ici que d’une question de point de vue et de stratégies diverses. Quoi qu’il en soit, le horse-ball en France ne s’endort pas sur ses lauriers et il faut bien admettre que c’est plutôt plaisant de voir que des personnes agissent pour notre sport. Après, on peut être d’accord ou non sur les différentes réformes effectuées. Si la stratégie de développement du horse-ball me pose question, voilà un nouveau thème (l’arbitrage) sur lequel je trouve que des choses intéressantes sont menées.
En tous le cas, l’arbitrage est en train d’être passé à la moulinette, en vue d’une réforme qui risque bien de révolutionner notre sport : la suppression de l’arbitre à cheval, au profit d’un arbitrage à 3 en triangle … et en partie à pied !
La première fois que j’ai entendu parler de ces tests qui allaient avoir lieu, je me suis tout de suite interrogé, comme tout le monde. Et comme tout le monde je pense, je me suis posé la question de la sécurité des arbitres.

LE FONCTIONNEMENT DU NOUVEAU SYSTÈME

Mais avant de venir sur les avantages et inconvénients d’un tel système, il faut d’abord l’expliquer.
Dans l’état actuel des choses, un arbitre de chaise sert d’assistance à l’arbitre de terrain qui reste seul décisionnaire et prend en compte ou non les informations données par son assistant, comme en football.
Le nouveau système comptera cette fois ci 3 arbitres décisionnaires, mais avec des zones et des aspects règlementaires compartimentés pour faciliter le travail de chacun. L’arbitre dit « central » ou « de chaise » gère toute la touche seul, et peut intervenir sur des fautes de trajectoires partout sur le terrain. Par ailleurs, c’est lui qui relance le jeu pour les P3, qui auraient désormais systématiquement lieu au centre du terrain, où que la faute soit commise, pour faciliter et accélérer le placement des joueurs et la communication avec l’arbitre central.
Puis, il y a les 2 arbitres de zone, qui surveillent tout ce qu’il se passe dans les 15m (prise de bras, trajectoires, validation des buts, gestion des P2 …). Ils ne sont pas sur une chaise mais à pieds pour être libres de leurs mouvements. Ils ont ainsi la liberté de se déplacer comme ils le veulent pour sa sécurité d’une part, et pour choisir les meilleurs angles de vue d’une action d’autre part. Enfin, l’arbitre de zone est responsable du comptage des « 3 passes » pour une équipe, l’équipe qui défend le camp dans lequel il se trouve.
En permanence, les 3 arbitres sont reliés par radio mais la communication est bien moins importante que pour le système actuel puisque seules les « 3 passes » sont annoncées par l’arbitre de zone, et quelques précisions qu’il peut être nécessaire de faire sans perdre de temps, des sortes de concertation à distance.
Chacun des 3 arbitres peut infliger des cartons aux joueurs.
Les coachs, remplaçants et staffs techniques sont situés du côté de l’arbitre central, mais auront probablement des zones concrètement restreintes (par des marques sur le boudin ou des lattes colorées au sol sur la touche) à ne pas dépasser sous peine d’être sanctionné d’une faute technique immédiatement. Il s’agit en fait d’une zone interdite réservée à l’arbitre. Les arbitres de zone sont de l’autre côté du terrain.

L’APPLICATION CONCRÈTE SUR LE TERRAIN : MES RESSENTIS

Maintenant que l’on a expliqué les grandes lignes de l’arbitrage à 3, venons en à son application concrète. Sur le terrain, ça donne quoi ?
Déjà, il faut bien se dire une chose, c’est que le système idéal n’existe pas et n’existera jamais. Il y aura toujours des choses que les arbitres ne pourront pas voir, il y aura toujours des arbitres qui se tromperont … . C’est inéluctable.
Une fois ce principe bien ancré dans les têtes, on peut parler objectivement, et c’est ce que je vais essayer de faire, puisque j’ai pu tester cette forme d’arbitrage sur des matchs de niveau cadets élites.
Déjà, il faut dire que la toute première idée était de mettre les 3 arbitres sur des chaises. Aïe ! Déjà je voyais les chevaux foncer sur les chaises des arbitres de zone sans que ceux-ci ne puissent rien faire ! Et là, c’est dangereux pour tout le monde : chevaux, arbitres et joueurs. En effet, la zone des 15 mètres est bien plus critique question vitesse et maitrise des chevaux que la zone centrale où se jouent les touches. Là, les personnes qui militent et réfléchissent à cet arbitrage à 3 ont eu une réflexion toute bête mais assez intelligente : Pourquoi finalement prendre de la hauteur pour les arbitres de zone ? Pour avoir un meilleur angle de vue bien entendu ! Mais finalement, quand on est spectateur au bord du terrain, on est pas forcément en hauteur et pourtant on est persuadé (souvent à raison) d’en voir plus que l’arbitre à cheval. Alors ils se sont dis : « bah on va essayer de les mettre à pied, ça coute rien ! ». Oui ! Ça ne coute rien ! Et c’est le principe d’une phase de test. L’idée des 3 chaises est donc très vite tombée aux oubliettes. On met les deux arbitres de zone à pied. À cela, je vois 2 avantages indéniables à la chaise : d’une part la sécurité de tous s’en retrouve améliorée, d’autre par, en étant libre de ses mouvements, l’arbitre peut choisir ses angles de vue en suivant l’action en cours. Il n’en reste pas moins que la question de la sécurité de l’arbitre se pose ! Car si c’est en effet plus sécuritaire à pied que sur une chaise en hauteur, cela reste légèrement « bancale ». La place la plus sécuritaire pour un arbitre, ça reste le cheval (encore que, ça dépend du dressage du cheval, et des fois on en voit de bonnes !). Mais comme souvent quand on parle de réforme pour le horse-ball, on résonne en imaginant tout cela en circuits fermés, le haut niveau. C’est toujours et ça restera le point faible, selon moi, des décisions prises pour l’évolution de notre sport (arbitrage, règlement, développement). En effet, cette position à pied de l’arbitre de zone ne sera jamais vraiment problématique sur les terrains des circuits fermés où les zones de sécurité sont immenses et laissent une énorme marge de manœuvre pour les arbitres à pied. Mais si on prend une loupe et qu’on s’intéresse à ce qu’il se fait dans les régions, tous les terrains ne disposent pas de telles zones de sécurité. Je connais certains terrains où j’y réfléchirais à 2 fois avant d’aller faire l’arbitre de zone avec un espace parfois très restreint pour se sortir d’une situation d’urgence, comme un cheval sans contrôle qui me fonce dessus.
Ceci étant dit, le fait d’être libre de nos mouvements, et en plus d’être très concentré sur le jeu, permet vraiment d’anticiper à l’avance ce type d’événement dans un match. Lorsque j’ai testé l’arbitrage de zone, à aucun moment je ne me suis senti en danger, même quand ça arrivait vite et fort dans le coin. Il suffisait juste de vite bouger pour se mettre en sécurité. J’attends juste de tester le truc sur des terrains plus étroits.
Pour ce qui est de la vision du jeu, c’est pour moi le gros point fort de ce système. Comme en handball ou en basket, le fait d’être à pied et de pouvoir se déplacer rapidement où on veut permet de tout voir et de ne rien laisser passer, ou presque. Même à pied en manquant donc de hauteur, on voit très bien toutes les prises de bras de notre côté, et même à l’opposé. Le cas échant, l’arbitre central couvre très bien cette zone et peut nous notifier quelque chose qui nous aurait échappé. Mais encore une fois, cela peut arriver que quelques mauvais gestes nous échappent, mais moins qu’à cheval je pense, où le choix de son positionnement est plus complexe puisqu’il dépend en grande partie du dressage et de la réactivité du cheval. Et quand on arbitre un match PRO avec un équidé très fougueux (ce qui m’est arrivé), la qualité de l’arbitrage s’en retrouve sérieusement entravée.
En plus d’avoir une bonne vision de ce qu’il se passe, ce système permet d’établir beaucoup plus de distance avec les joueurs, car ces derniers savent que l’on est bien placé et ils peuvent donc moins la jouer à l’intox en disant que « non, non, je n’ai pas pris le bras monsieur l’arbitre ». Ici, on voit tellement bien, que les joueurs qui veulent protester se retrouvent vite à tourner leur langue dans leur bouche. C’est ce qui m’est arrivé avec les cadets. Je siffle, le fautif me regarde avec de gros yeux, prêt à me dire « QUOI ????? NON J’AI RIEN TOUCHÉ ! », puis voit bien que la vérité n’a pas pu m’échapper et s’abstient donc de protester. Et attention amis horseballeurs, l’un des enjeux de cette réforme serait de mettre plus de distance entre arbitres et joueurs pour en finir avec les protestations incessantes ! Autrement dit, ça va cartonner sévère au début si tout cela se met en place. Pas forcément une mauvaise chose.
Le point négatif de cette « sacralisation » de la décision de l’arbitre, c’est que la communication risque de se tendre entre joueurs et arbitres. J’entends déjà les « on peut même plus parler ». Eh bien non, on ne pourra plus parler … pendant le match. Parce que de toute façon c’est inutile. Une faute sifflée est sifflée. En place, ça joue ! Par contre, libre à chacun d’aller voir les arbitres après le match pour discuter tranquillement du match (inutile d’être agressif, c’est fait, c’est fait !). Donc ça peut être perçu comme un point négatif, ou un point positif. Le fait est que moins on met la pression à un arbitre, plus ses décisions seront justes et n’influenceront pas le destin d’une rencontre.
Enfin, je vois un autre point positif à ce système, il est psychologique et physique. En effet, à la fin d’un match, on a l’impression de pouvoir en faire 3 ou 4 d’affiler sans trop s’user. Ça n’a pas une énorme importance sur une journée de compétition où il y aurait beaucoup d’arbitres (encore que, ce n’est pas toujours évident de trouver 4 ou 5 arbitres pour faire une journée entière en région. J’ai déjà arbitré avec seulement 2 autres collègues une quinzaine de matchs dans la journée. Ça fait beaucoup !). Alors pour les finales des championnats de France (Jeunes, clubs, mixtes et féminines) sur 3 jours à chaque fois, ce système prend tout son sens, voir sa nécessité. Il permettrait je le pense de garder la lucidité et la forme physique sur les 3 journées de compétition, ce qui n’est clairement pas le cas avec le système actuel, et je parle de vécu. Arbitrer 3 jours à Lamotte, faire des kilomètres pour aller chercher un cheval parfois pas dressé ou incapable de faire une foulée de galop, c’est éminemment usant. Il en résulte des finales souvent mal gérées par les arbitres le dernier jour, parce qu’à bout de force physique et mentale. Le fait de supprimer le facteur cheval et de répartir les tâches est très économe en énergie pour tout le monde. D’ailleurs, ce nouveau système a de bonnes chances d’être mis en place sur les matchs -21 ans à Lamotte. Rien d’officiel encore, rien n’est fait mais c’est dans les tuyaux. L’idée serait que les arbitres ayant un moment de libre puissent venir se faire former sur ce système pour voir par eux-mêmes.
Le dernier point positif est que ce système facilitera l’accès à l’arbitrage aux non cavaliers, aux parents et spectateurs qui désirent s’investir un peu plus dans ce sport sans pour autant savoir monter à cheval. Cela peut s’avérer très bénéfique puisque cela augmenterait considérablement le nombre potentiel d’arbitres, ce qui pourra sauver quelques journées régionales qui sont parfois difficiles à gérer quand on manque d’arbitres. Attention toutefois, car il faudra très bien encadrer la formation et le suivi de ces nouveaux arbitres novices !
J’en ai déjà beaucoup dis, et pourtant il en reste encore. J’ai notamment beaucoup parlé des aspects positifs, mais comme je l’ai dis rien n’est jamais parfait. Et il existe bien évidemment des aspects négatifs, des points faibles. La sécurité de l’arbitre, que j’ai déjà évoqué, en est un. La distance entre joueurs et arbitres en est un autre. J’ai dis que ça pouvait être perçu positivement comme négativement, et les deux sont vrais. Si cela laisserait comme je l’ai dis les arbitres faire leur travail tranquillement, on ne peut pas enlever que cela réduirait considérablement la communication. C’est le gros point fort de l’arbitrage à cheval. On se déplace sur le terrain, et on peut régulièrement glisser quelques infos aux joueurs quand on passe prêt d’eux comme « attention toi, je t’ai vu prendre le bras, j’ai laissé l’avantage mais c’est la dernière fois ! » ou plein d’autres petits avertissements ou dialogues sensés aider à la fluidité du jeu et à la communication et donc la compréhension entre joueurs et arbitres. En testant le système à 3, c’est le gros point faible que j’ai trouvé. Ça manque un peu de présence, on peut moins parler avec les joueurs pour annoncer les avantages et glisser les petits avertissements individualisés … . Par ailleurs, ce nouveau système a parfois perdu un peu les joueurs qui ne savaient pas trop d’où venait le coup de sifflet et donc qui écouter pour savoir ce qu’il se passe pour se mettre en place pour relancer le jeu. Bien entendu, les joueurs n’étaient pas habitués et on peut penser que ce problème précis se réglera quand tout le monde se sera habitué à ce système, s’il est mit en place. Il n’en reste pas moins que la communication et la présence physique de l’arbitre manquera par moment, c’est certain.

OUF ! On en a dit, des choses. Et tout cela ne reste qu’un point de vue personnel, même si j’ai essayé d’être le plus objectif possible. Le débat est ouvert et vous pouvez nous dire ce que vous en pensez, comme ça, à chaud, sans l’avoir testé. Mais je vous encourage à venir voir ce système en application à Lamotte (si le test sur la compétition est confirmé), puis à le tester si possible avant de vous faire une idée précise. C’est ce que j’ai fais avant de foncer tête baissée en hurlant mes objections sans même avoir mis un pied sur un terrain pour regarder et analyser.
Tiens, si on résumait tout ça par un tableau à double entrée ? Points positifs, points négatifs. Et ce tableau, on peut le compléter ensemble !

Alors maintenant, si on organisait un référendum : oui ou non à l’arbitrage à 3 ? Qu’est ce que je répondrais moi personnellement ? Je suis fortement tenté par le oui, mais d’abord, j’aimerais qu’il y ait plus de retours, notamment en provenance des circuits régionaux. La question centrale pour moi est celle de la sécurité de l’arbitre à pied. Il existe certainement des terrains où une telle mise en place risque d’être complexe. Après, comme toujours, on bricole et on trouve des solutions, comme ça a déjà souvent été le cas en région. Mais attention à ne pas trop bricoler avec la sécurité des acteurs du jeu, des pro élites intergalactique à la critérium 72 ! On peut aussi se poser la question de l’évolution du jeu avec cette réforme : il y a dores et déjà deux écoles qui s’affrontent : ceux qui pensent que la présence de l’arbitre sur le terrain permet une meilleure relation arbitre joueur et donc une meilleure gestion des matchs, et il y a ceux qui pensent que la distance permettra aux arbitres de rester plus concentrés et donc mieux à même de gérer les situations chaudes. J’avoue que, comme le dis le célèbre dicton, « j’ai le cul entre 2 chaises ». Le mieux serait de prolonger la phase de test pour voir des comportements concrets se dégager. Pourquoi pas le tester par exemple sur une compétition donnée toute la saison, en pro élite féminines par exemple ? On aura plus de retours sur l’évolution du jeu sur un temps plus long.
Et vous ? Vous en pensez quoi ?

(Photo : ©ReflexHorseball)

2016-03-03 19:53:17


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