Le développement du horse-ball - Quelles stratégies ?

2 juillet 2015

Article rédigé par Loïc SEGEAR

Les lieux sont prestigieux. Les sols sont hauts de gamme. La com’ se développe autour. C’est le cheval de bataille de la fédération pour développer la discipline. Oui, la pro élite et plus globalement les circuits fermés en général connaissent un développement « blingbling » se rapprochant de plus en plus du modèle des autres disciplines équestres.

Oui mais voilà. Oui mais voilà, les tribunes restent désespérément vides. Lorsqu’un reportage passe à la télé, c’est pour sans cesse rabâcher les mêmes choses. Et surtout, SURTOUT, le horse-ball est en train de mourir par le bas, et cela, beaucoup ne s’en rendent pas compte. On ne s’en rend pas compte parce que le développement autour de la pro élite sert de leurre. Un magazine entièrement consacré au horse-ball, une émission de webradio, une communication qui se développe de plus en plus, des lieux prestigieux … . Surtout, des paillettes dans les yeux !

Attention, toutes ces avancées, je ne les fustige pas, je ne les critique pas. Ce sont de supères initiatives ! Sauf que le vrai monde du horse-ball, le horse-ball d’en bas, ce qui fait la masse et le cœur de la discipline, est en train de mourir. En Rhône-Alpes, dans ma région, le horse-ball jeune agonise, et les championnats amateurs et amateurs féminins suivent le pas . La cause ? La stratégie de développement. On s’appuie sur les autres disciplines équestres et on les copie. Sauf que le horse-ball, ce n’est pas toutes les disciplines équestres. C’est un sport à part entière, et entièrement à part. Le public est radicalement différent des autres sports équestres. Plus populaire (au sens sociétal du terme), plus fun, moins académique, moins classique … tout l’inverse du CSO, plus « haut de gamme », plus élitiste, plus « noble ».

L’idée actuelle, donc, c’est d’amener le horse-ball au sein de lieux prestigieux (mais vides), l’encadrer avec des notions plus strictes sur les tenues, et de faire une communication autour de ces circuits fermés en espérant que cela touche un jeune public pour le pousser à se dire « ouah ! Chouette ! Je veux faire ce sport ! ». Qu’on se le dise, l’idée n’est pas nécessairement mauvaise. Sauf qu’on saute quelques étapes !

Je m’explique. La stratégie actuelle se rapproche finalement des autres sports plus développés comme les sports collectifs traditionnels. C’est à dire qu’on met en avant les meilleurs, on les pose en idoles, en modèles, pour donner envie aux jeunes de prendre leur licence. Et pour les autres sports, ça marche ! Jamais il n’y a eu autant de jeunes handballeurs depuis le début de l’épopée des experts de Claude Onesta. Sauf que ces sports s’appuient déjà sur une notoriété solidement encrée dans les mœurs des français. La question que nous devons donc nous poser est : comment ces sports ont-ils réussi à construire ces bases solides de départ pour ensuite lancer le développement « blingbling » ?

Pour répondre à cette question, il faut se retourner, et regarder en arrière. Petit cours d’histoire du sport. Et quoi de mieux que de s’appuyer sur le sport le plus pratiqué sur le globe : le football. Sport britannique né au milieu du XIXème siècle, le football connaît une rapide progression mondiale durant toute la seconde moitié des années 1800. Comment ? Les émissaires britanniques de toutes sortes (universitaires, ouvriers, colons …) ont permis au football de se rependre à travers une grande partie de l’empire, c’est à dire presque dans le monde entier. Sur les chantiers, dans les universités anglaises coloniales, dans les rues … partout, on apprenait aux jeunes et aux moins jeunes à jouer au football. À plus petite échelle, en Grande-Bretagne, une fois que la discipline était suffisamment développée et connue, la Football Association, ancêtre de la FIFA, qui ne gérait au début que le football britannique, s’est donné la mission de développer les clubs, pour ensuite développer les compétitions amateurs. Ainsi, la plupart des clubs ont fait l’effort, grâce à une étroite collaboration avec les mairies des villes, de se munir d’enceintes sportives adaptées à la pratique du football avant les années 1880.

Pour résumer, des émissaires ont montré le sport dans le pays puis dans le monde. Cela a permis la constitution d’une solide base de pratiquants. Avec cette masse de joueurs, la stratégie était donc ensuite de montrer le football au plus grand nombre encore, d’où le développement des stades et des compétitions, le but étant de faire jouer l’équipe d’une ville devant le plus grand nombre de jeunes, les attirant ainsi dans leurs filets. La mèche s’est enflammée. Aujourd’hui, tout le monde ou presque a tapé dans un ballon au moins une fois dans sa vie.

Mais alors, quelle leçon tirer de ce petit cours d’histoire ? Qu’avons nous manqué comme étape avant de lancer le développement « blingbling » ?

Ce qu’il manque au horse-ball, c’est une masse importante de joueurs. À l’heure actuelle, le horse-ball est une micro-discipline au sein de la FFE. Comment attirer davantage de jeunes joueurs et joueuses ? Comment les garder ensuite ?

Selon moi, ce que le horse-ball a manqué dans son développement, c’est la phase de développement de ses propres infrastructures au sein des clubs, comme le football a su le faire. Avoir les infrastructures, c’est permettre à plus de pratiquer, pour ouvrir plus de centres de formations de jeunes joueurs. À fortiori, cela permettrait de renforcer d’avantage l’identité des clubs (supporters, les jeunes qui poussent pour joueur dans l’équipe une du club …). Tout cela, le football a réussi à le faire.

Plus de pratiquants, c’est plus de bons joueurs (d’où l’hégémonie française à l’international, étant donné qu’on a plus de joueurs que les autres nations). Et plus il y a de bons joueurs dans des clubs structurés, plus ces bons joueurs peuvent transmettre et donner envie à d’autres jeunes de jouer dans ces clubs et c’est la machine qui est lancée.

Penchons nous sur la pro élite. Arles et Bordeaux sont les deux équipes qui trustent l’or et l’équipe de France depuis prêt d’une décennie. Mais ces joueurs forment-ils des jeunes joueurs ? Les clubs d’Arles et de Bordeaux ont-ils des équipes de jeunes au Grand Tournoi ? Non. D’ailleurs, ce ne sont même pas des clubs. Ce sont des équipes réunissant les meilleurs joueurs. Autant de cracks de la discipline qui ne forment pas les jeunes. Pourtant, ils sont potentiellement des coachs en puissance ! Une vraie source de savoirs, de connaissances, d’idées d’exercices d’équitation classique comme de horse-ball pur.

Force est de constater que les modèles bordelais et arlésiens ne sont pas les modèles à suivre si on veut plus de pratiquants et de clubs solides. Heureusement, d’autres clubs de haut niveau forment, mais ils ne sont pas assez nombreux. Le meilleur modèle, celui qui semble être le plus abouti, est le modèle chamblysien. Chambly forme une masse de jeunes joueurs à haut potentiel assez impressionnante, sous la houlette des deux figures de proue du club : Laurent Motard et Florian Moschkowitz. Lille HEM Herock, Aramon et Loire sur Rhône (chauvinisme, quand tu nous tiens …) sont d’autres centres de formation en puissance avec régulièrement des équipes jeunes au plus haut niveau lors des finales au Grand Tournoi à Lamotte-Beuvron. 4 Clubs. Voilà tout ce que la pro élite possède en terme de centre de formation. Mash et Nancy viennent également montrer le bout de leur nez dans la catégorie reine. Cela fera donc 5 clubs (puisque Loire descend) sur 10 à pouvoir se venter de former des jeunes. C’est peu. C’est très peu. C’est trop peu. C’est d’ailleurs le symbole de la discipline à haut niveau. On regroupe les bons joueurs dans des équipes, pas dans des clubs. Et devant qui ces 10 prestigieuses équipes vont jouer ? Devant les autres joueurs des circuits fermés. Où mènera cette stratégie ? Je pèse mes mots. Elle mènera à terme au désastre. Et la chute du horse-ball est déjà en marche, j’en fais la terrible expérience chaque weekend dans ma région, comme je l’ai expliqué plus haut.

MAIS ALORS, QUE FAIRE ?

Déjà, il faut se poser la question : qui attirer dans le horse-ball ? Des jeunes ! Des jeunes ! Et encore des jeunes ! Mais quels jeunes ? Pouvons-nous vraiment nous venter de pouvoir extirper les non-pratiquants de l’équitation à venir faire du horse-ball ? À une micro-échelle, oui. Mais ce n’est pas ici que l’on gagnera le combat. À ce titre, penser qu’un encart sur notre chère discipline au 20H de Gilles Bouleau deux fois par an ou une parenthèse romantique dans l’Amour est dans le Pré de Karine Le Marchand fera avancer les choses est selon moi une erreur. Les gosses devant leur télé voyant ça, je doute qu’ils se disent « Wow, c’est ça que je veux faire ! ». Non, le plus gros de la stratégie à employer n’est pas là, même si une présence dans ces médias ne peut pas faire de mal.

Selon moi, les jeunes à aller chercher, ce sont les jeunes cavaliers débutants (ou presque) dans l’équitation. Ces jeunes là vont vouloir trouver leur voie à cheval. Que choisir ? CSO ? Dressage ? Complet ? Attelage ? Voltige ? Western ? Horseball ? C’est ici et nulle part ailleurs que notre combat doit faire rage. Malheureusement, c’est ici, à la base de la pyramide, que nous perdons déjà la bataille sans même l’avoir engagée. En disant cela, je remet profondément en cause le système du calendrier des circuits fermés.

Pour dire cela, je m’appuie sur mon expérience personnelle. Je joue à Loire sur Rhône, club de horse-ball de haut niveau avec une équipe première qui fait l’ascenseur entre Pro et Pro Élite. Où est le drame ? Le drame, c’est que sur les 200 licenciés du club, moins de la moitié sont au courant qu’il y a une équipe d’un tel niveau au club, et moins de la moitié de la moitié de la moitié de ces licenciés ont vu évoluer un jour cette équipes au plus haut niveau. Tiens donc, et pourquoi cela ? Parce qu’on s’obstine à vouloir jouer au horse-ball à haut niveau dans des lieux prestigieux. Qui viendra à Saumur ? Qui viendra à Saint-Lô ? À Bordeaux ? À Versailles ? Ben moi je vais vous le dire. Personne ne verra cette équipe jouer. Et ça ne semble choquer personne que ce soit la même chose pour la plupart des équipes des circuits fermés (seuls les lillois semblent avoir réussi à constituer un cop de supporters. Tiens donc, le modèle lillois ne serait-il pas à observer de plus prêt ? Le plus gros club de horse-ball de France en terme de formation a surement beaucoup à nous apprendre). Et bien moi je vous le dis. ÇA ME CHOC. Déjà parce que c’est pénible de jouer devant les copains des autres équipes, dans des matchs où les tribunes sont silencieuses à mourir. Et surtout parce que en s’installant dans ce système, on se tire une balle dans le pied.

La solution serait donc d’accepter de baisser de standing. Jouer sur des sols moins galopants (tient, d’ailleurs, est-ce si grave que cela ?), dans des lieux moins prestigieux. Vous l’aurez compris, je milite pour un calendrier organisé en matchs allers et retours dans les clubs des concurrents. Comme cela se fait dans tous les autres sports collectifs d’ailleurs. Alors vous me direz « tous les clubs n’ont pas les structures pour organiser un match de horse-ball » et vous aurez raison. Oui vous avez raison. On a manqué une étape que le football n’a pas manqué : le développement des infrastructures adaptées à la pratique de la discipline au sein des clubs. Alors les clubs qui n’ont pas les structures pour organiser, on leur laisserait selon moi deux solutions : Soit ils trouvent un autre club non loin pour organiser ces rencontres, soit … on les rétrograde en région. Ça ferait mal à Arles et Bordeaux, pour sûr ! Bien évidemment, ce système serait complexe à mettre en place. C’est peut-être trop tard. Mais après avoir cité les inconvénients de cette idée neuve, voyons les avantages :

  • Moindre coût pour les équipes (moitié des matchs à la maison), ou au pire, une stabilité économique par rapport au système actuel
  • Un calendrier géographique 100% rationnel (fin de l’hégémonie nordiste)
  • Une ambiante de folie dans les tribunes, et donc intégration de la notion de match à domicile/match à l’extérieur ultra importante dans les autres sports collectifs
  • Renforcement de l’identité des clubs
  • Mise en avant des clubs qui forment avec des structures adéquates. C’est aussi leur permettre de toucher les jeunes cavaliers débutants qui hésitent entre plusieurs disciplines équestres.
  • Ainsi, favorise la croissance en masse du nombre de jeunes joueurs

Je peux vous le dire, ça révolutionnerait le horse-ball, le nombre de pratiquants exploserait, et la FFE, puis à fortiori la FEI n’auraient d’autre choix que d’entendre ce monde du horse-ball qui pour le moment est anecdotique, au mieux.

Pour reprendre l’exemple de mon club de Loire sur Rhône, centre équestre sans prétention de 200 licenciés, mais avec de quoi organiser de beaux matches de horse-ball, eh bien programmer un LOIRE SUR RHONE VS CHAMBLY à 18H juste après les cours, avec quelques affiches 2 semaines à l’avance dans le club, mise en vente d’écharpes, de maillots … pour aller encourager THE EQUIPE DU CLUB, et bien ce serait une ambiance de folie comme on en voit jamais. Des tribunes entièrement vertes, des écharpes de partout, et surtout, de jeunes cavaliers, qui en voyant ces joueurs qui montent dans le même club qu’eux, se diraient qu’ils voudraient bien être à leur place. Ces jeunes cavaliers ne se diraient-ils pas « voilà, c’est ça que je veux faire ! Ça déboite un max ! » ? Là, on ciblerait les bonnes personnes, avec efficacité, et j’ose croire que ce serait pareil dans pas mal de clubs. La masse de pratiquants, je pense, augmenterait. Ça donnerait peut-être même envie à d’autres clubs de se lancer dans le horse-ball. Tiens, on développerait d’autres infrastructures. Et BIM ! La même mèche qui s’est enflammée pour le football il y a plus de 150 ans s’enflammerait pour le horse-ball (dans une moindre mesure, évidemment !). Et selon moi, c’est cette masse qui attirera les médias et les sponsors, et pas ces matchs un peu tristes dans des lieux prestigieux mais vides, avec tous ces joueurs qui font des efforts de présentation pour leur sport (pantalon blanc, casque uniforme avec le reste de l’équipe …) devant leurs potes aux pantalons blancs moins propres puisqu’ils ont joué quelques heures avant.

Avoir des frissons quand on joue devant son public, on ne connaît pas. Avoir des frissons quand on joue devant un public chaud bouillant et à fond derrière son adversaire, ça non plus, on ne connaît pas. Qu’est ce que j’aimerais connaître tout cela ! Mais je ne me fais pas trop d’illusions, cela reste une utopie. J’avance d’un pas, elle recule d’un pas. J’avance de 10 pas elle recule de 10 pas également. Aussi longtemps que j’essaierai de l’atteindre, l’utopie m’échappera. Mais après tout, c’est peut-être à cela que sert l’utopie : à avancer …

Loïc SEGEAR

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2015-07-02 13:39:02


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