Le horse-ball n’est rien sans les... arbitres : Loïc Ségear

10 octobre 2015

Fréquemment critiqués, trop rarement remerciés, les arbitres jouent un rôle pourtant primordial pour le horse-ball. Ce sont aussi des acteurs essentiels pour le bon développement de ce ’’jeune sport’’.
C’est pourquoi nous avons décidé de mettre en valeur les arbitres, en vous proposant des interviews de ces justiciers des terrains !

Interview :

Pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour à tous. Je m’appelle Loïc Ségear, j’ai 23 ans, et je suis horseballeur depuis ma première année moustique. J’avais alors 6 ans. Aujourd’hui et depuis toujours, je joue à Loire sur Rhône dans la catégorie PRO. J’ai commencé à arbitrer à l’âge de 15 ans en jeunes. J’ai par la suite commencé à arbitrer le haut niveau (pro élites féminines) à l’âge de 17 ans. C’est également pour mes 17 ans que j’ai opéré pour la première fois comme entraineur auprès des jeunes. Puis j’ai pris la tête de l’équipe féminine de mon club à mes 21 ans. Depuis peu, j’occupe également le poste de secrétaire à la commission de l’arbitrage et de la sécurité de la fédération internationale de horse-ball, avec laquelle j’effectue un travail d’analyse du règlement et du jeu en général dans le but de faire des propositions concrètes pour améliorer l’arbitrage et la sécurité dans ce sport qui nous est si cher. J’occupe également le poste de responsable de la communication au sein de la commission horse-ball du comité régional d’équitation Rhône-Alpes. Enfin, je suis régulièrement sollicité pour commenter des rencontres régionales, nationales et internationales, un rôle dans lequel je m’éclate vraiment !
À côté de cela, dans ma vie privée, je suis professeur d’éducation physique et sportive au collège Montaigne à Goussainville (95 – Val d’Oise) auprès d’un jeune public difficile. Je débute dans ce métier et je passe donc des moments difficiles mais indéniablement enrichissants.

Pourquoi avez-vous décidé de faire arbitre ?

J’ai toujours aimé avoir des responsabilités sur mes épaules, et j’ai toujours voulu faire le maximum pour mon sport. C’est donc naturellement que j’ai voulu passer du côté obscur, celui des maillots rayés noirs et blancs. Pour connaître un sport, il faut toucher l’ensemble des aspects qui l’entoure. J’ai donc voulu prendre la responsabilité d’arbitrer pour savoir ce que cela faisait de passer de l’autre côté. Tout comme j’ai très vite voulu entrainer et commenter des matchs. Je pense avoir fait le bon choix parce que c’est en raisonnant ainsi que l’on comprend mieux un système.

Comment vous êtes vous formé ?

La première année où je me suis lancé dans l’arbitrage, j’ai suivi une formation théorique à Miribel, sous la houlette de plusieurs hommes tels qu’Eric Guy, Didier Rethouze, Jean-Philippe Berthon et Yves Verrier. Ces personnes m’ont tout de suite fait comprendre que l’arbitrage était quelque chose de très sérieux et de très rigoureux. J’étais jeune et j’avais été impressionné de la rigueur que l’on nous demandait, à nous, arbitres débutants. Cela m’a vraiment permis d’entreprendre mon rôle avec beaucoup d’application et de sérieux. Au début, je me suis bien entendu fait secouer par pas mal de joueurs et d’entraineurs (en Rhône-Alpes, on a du beau monde pour ça !). C’était dur mais ça fait parti du job. C’est ingrat mais c’est comme ça qu’on grandi et qu’on progresse.
Par la suite, je me suis très vite lancé dans le haut niveau et aujourd’hui ma formation est davantage pratique, au bord des terrains, auprès d’Eric Guy, Denis Boulard, Jean-Marc Saur, Gildas Lefort … . Cela se traduit sous forme de briefings et débriefings sur les rencontres sur lesquelles nous devons officier.

Quelles catégories arbitrez-vous ? Quels événements ?

TOUT. Ce n’est pas compliqué, dans ma jeune carrière d’arbitre, j’ai déjà tout arbitré, à l’exception de la pro élite. Mais j’espère très vite pouvoir m’y lancer. J’aurais pu l’an dernier mais on a été trop forts en PRO avec mon équipe et on a donc joué en pro élite. Impossible de l’arbitrer ! Mais comme nous avons été mauvais en pro élite, nous redescendons en pro, je peux donc postuler sur de l’arbitrage en pro élite mais le cercle de ces arbitres est fermé parce que l’on demande de l’expérience et de la bouteille (sans mauvais jeu de mot …). J’arbitre donc en jeunes, en région et à Lamotte ; en féminines, en région et à Cluny (où j’ai aussi commenté) ; et à Jardy (où j’ai aussi commenté).

Selon vous, dans quelles catégories les fautes sont les plus fréquentes ?

Naturellement, les catégories où il y a le plus de fautes sont celles où il y a des joueurs débutants, donc en jeune (poussins, benjamins surtout mais aussi dans les catégories au dessus lorsque les jeunes débutent) et en club dans les petits niveaux. À ces niveaux, les joueurs connaissent logiquement moins les subtilités règlementaires. Toutefois, il n’est pas rare de tomber sur des rencontres de haut niveau avec un jeu très haché et souvent arrêté par l’arbitre. Cela dépend aussi du contexte (matchs à enjeux, derbys …). Et lorsqu’on entre dans cette catégorie de rencontres, je trouve qu’en amateur région, il y a beaucoup de matchs très difficiles à arbitrer. C’est le cas dans le championnat amateur mixte de notre région où certains matchs sont très, très chauds.

Quelle est la situation la plus compliquée à laquelle vous avez dû faire face pendant un match ?

C’est très difficile de répondre à cette question. Des situations compliquées, quand on est arbitre, on en connaît plein ! L’an dernier à Bordeaux, alors que j’arbitrais un match PRO, j’ai demandé un temps-mort arbitre qui s’est pas mal éternisé parce qu’on arrivait pas à se mettre d’accord sur un fait de jeu avec mon assistant. Le score était serré et on approchait de la fin du match. Forcément, c’était très difficile à gérer parce que les joueurs commençaient à nous mettre la pression, à jouer à l’intox. Là, ça peut vite dégénérer. Je me souviens également d’un match amateur régional très compliqué en tant que référé. Il y avait beaucoup de pression et avec mon collègue, on a perdu nos moyens. Ce ne sont pas mes deux plus beaux souvenirs d’arbitre, c’est certain, mais certainement ceux qui font le plus progresser. Il n’y a pas d’erreur, que de l’expérience engrangée !

Quelle est votre meilleure expérience, le match que vous avez préféré ?

En 2010 à Lignières, j’ai arbitré un match pro élite féminin de haut de tableau. Le titre était en jeu. J’avais beaucoup de pression avant la rencontre, mais à la fois j’étais très concentré. Je savais qu’il fallait que je le sois, encore plus que d’habitude. J’ai fais un très bon match d’arbitrage. Je le sais parce que non seulement pas une joueuse et pas un entraîneur ne m’a hurlé dessus sur le terrain, mais j’ai aussi reçu les félicitations de tous les acteurs de la partie. Je n’avais que 17 ans, donc j’étais fier d’avoir réussi à atteindre ce niveau de prestation dans un match aussi important. Mais j’ai félicité les joueuses et entraîneurs également parce qu’en réalité, ce n’était pas un match compliqué à arbitrer. Le jeu était très propre, très fluide, et j’ai senti que comme j’étais jeune, on ne voulait pas me mettre trop de pression. Personne n’a joué de l’intox avec moi. J’ai juste eu 2 ou 3 décisions importantes à prendre. Tout le monde m’a facilité la tâche.

Quels sont les points clés sur lesquels l’arbitrage devrait s’améliorer ?

Vaste question ! C’est à celle-ci que je suis chargé de répondre avec mes collègues de la commission de sécurité internationale. On va travailler sérieusement dessus et il y aura un compte rendu, mais c’est un travail de longue haleine. Déjà, pour faciliter le job de l’arbitre, je pense qu’il y a certaines notions trop subjectives qui doivent être rendues objectives comme l’anti-jeu. Certaines phases de jeu de touche ne sont également pas clarifiées selon moi au niveau du paradoxe sens du jeu des relayeurs / sens du jeu des joueurs de touche. Ce n’est là qu’un exemple.
Quand on parle règlement, on parle sécurité, mais aussi spectacle. Plusieurs propositions nouvelles sont dans les tuyaux, pour rendre le jeu plus spectaculaire notamment autour des pénalités, mais si changement il y aura, ce sera dans un moment, parce que cela devra d’abord être testé sur le terrain dans les régions.
Enfin, il y a l’aspect organisationnel même de l’arbitrage qui fait une remise en question. En Ile de France, un nouveau type d’arbitrage va être testé avec 3 arbitres de chaise et aucun arbitre à cheval. Je trouve cela très intéressant notamment en jeune puisque cela permettrait aux parents de s’impliquer d’avantage dans l’arbitrage. Cela comporte de gros avantages logistiques. Mais cela soulève un aspect sécuritaire qui est indéniablement à soulever lorsque l’on monte dans les niveaux. Le positionnement de ces arbitres est une question qui a logiquement été soulevée. Mais l’initiative est très bonne et il faudra en tirer des leçons. Ce sera très intéressant et j’aurai d’ailleurs la chance de participer à ce projet puisque je devrais normalement officier comme arbitre en Ile de France en plus de la région Rhône-Alpes. J’ai hâte de voir ce que cela peut donner.

Quelques mots pour encourager les personnes à se lancer dans l’arbitrage ?

Comme j’ai l’habitude de le dire, le horse-ball est une discipline anecdotique. En ce sens, elle a du mal à trouver suffisamment d’arbitres notamment dans les circuits régionaux. Dans chaque région j’en suis certain, des personnes compétentes pourront vous prendre sous leurs ailes pour vous former. L’arbitrage est tellement enrichissant. Il permet d’évoluer sur le plan humain, mais aussi sur le plan du jeu. J’en suis persuadé, on devient meilleur joueur quand on se lance dans l’arbitrage. Déjà parce que l’on saisit mieux les subtilités règlementaires, et ensuite parce qu’on a moins tendance à se plaindre des arbitres, ce qui permet de se concentrer davantage sur son match.
De plus, arbitrer, jouer, coacher, commenter, groomer, regarder des matchs, être au secrétariat (feuilles de match), tout ce système est bien mieux comprit lorsqu’on y touche. Arbitrer, c’est donc mieux comprendre son sport, son univers, ses mécanismes … alors, LANCEZ VOUS ! C’est tellement enrichissant !

(Photo 1 : ©Horse-Ball M³)

2015-10-10 17:32:42


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